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Au grand soulagement de beaucoup de monde, et moi le premier, la CRÉPUQ a enfin accepté le programme soumis par l’Université Laval pour un bacc en criminologie. Félicitations à tous ceux qui ont participé à ce succès.
Reste l’étape du financement par le ministère, qui en général est une formalité.
Donc, grand départ en septembre 2012 — SI TOUT CONTINUE DE BIEN ALLER bien sûr. Ne venez pas vous plaindre si cette annonce hâtive est déjouée par des événements ou par des embûches imprévues!
À suivre…
Filed under: Canada, Mégacrime, police, Renseignement, Risque, Sécurité, Surveillance, terrorisme | Tags: Canada, criminologie, Renseignement, risk, terrorism, terrorisme
Mohammed Zeki Mahjoub, détenu au Canada sous «certificat de sécurité» depuis juin 2000, vient tout juste de terminer sa dernière représentation devant la Cour fédérale à Toronto pour faire invalider le certificat ou du moins relaxer les conditions de sa mise en liberté (surveillance 24/7, accompagnement par des agents de l’ASFC, fouille de ses colis, écoute de son téléphone, interdiction d’avoir un ordinateur connecté à Internet…).
Le gouvernement, via le SCRS, a présenté un dossier tellement faible contre lui qu’on a peine à imaginer comment le juge pourrait décider de maintenir le statu quo. Cela dit, depuis 2000 ce même dossier moribond contre Mahjoub a TOUJOURS bien fonctionné pour les autorités… Le problème est que la loi sur les certificats de sécurité donne un pouvoir presque sans limite aux autorités et leur impose des standards de démonstration tellement faibles que la simple croyance qu’un employé du SCRS peut entretenir à l’endroit de M. Mahjoub semble suffire à lui imposer l’équivalent d’une «sentence» plus sévère que celles qui sont appliquées à nos pires criminels.
Grosso modo, le dossier déposé par le SCRS, intitulé «évaluation de la menace», est un tissu de suppositions, d’informations vagues, d’erreurs grossières, de stéréotypes, d’une connaissance approximative de la problématique du terrorisme et d’informations provenues du fin fond des pires taules d’Égypte où la torture est monnaie courante.
Cela dit, même si on prend au pied de la lettre toute ces informations, ça fait au grand total à peu près rien : Mahjoub serait allé se battre contre les soviétiques en Afghanistan en 1985; ensuite il aurait aidé d’autres moudjahidines comme lui à devenir membres d’al Jihad (groupe terroriste dirigé par Ayman al Zawahiri à l’époque); il aurait travaillé sur une ferme de ben Laden au Soudan au début des années 1990; il serait resté en contact avec d’autres comme lui qui sont suspectés d’être des terroristes, au début des années 1990.
Le certificat de sécurité est sensé être une protection contre les MENACES futures d’un individu. Pour juger de ces menaces, un criminologue moyen aurait besoin d’informations infiniment plus précises sur ce cas avant de se prononcer. Pour l’instant, tout ça reste vague et surtout, lointain. Le croirez-vous si je vous dis que les agents du SCRS n’ont pas jugé bon DE RENCONTRER LE SUJET avant de rédiger leurs rapports? La dernière fois qu’ils lui ont parlé était en 1999 — au siècle dernier. Leur excuse: c’est sûr que s’il est un terroriste il ne manquera pas de nous mentir à ce sujet. Bref, faudrait peut-être réviser nos programmes de criminologie: si les criminels mentent et manipulent, à quoi bon leur parler?
Mais si on ajoute que Mahjoub n’est jamais allé en Afghanistan, n’a jamais travaillé sur une ferme au Soudan, a contacté d’autres personnes suspectes comme lui …mais qui ont été relâchées depuis… Inutile d’ajouter de commentaire.
Ceci va coûter très cher au Canada. C’est malheureux pour l’argent de mes taxes, qui pourrait être mieux utilisé ailleurs que dans cette débâcle paranoïaque (ce sont des MILLIONS qui sont déjà brûlés dans ces causes de certificats de sécurité). Mais si M. Mahjoub intente une poursuite contre Sécurité publique Canada et Immigration et Citoyenneté Canada, ainsi que contre leurs ministres, je serai le premier à offrir de témoigner pour lui.
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La criminologie procède à vive allure à l’Université Laval. Notre première mouture d’étudiants, qui font un certificat en criminologie (certains dans l’espoir d’être admis au bacc 2 en septembre) vient tout juste de terminer une semaine d’examens tout à fait étourdissante… Certains avaient 3 examens le même jour – et un samedi en plus!
Toutes nos excuses à ceux qui ont dû trimer ultra-dur ces derniers jours… le marathon est fini maintenant, reposez-vous bien. Notre principale difficulté, évidemment, était qu’à 326 étudiants la gestion des locaux d’examen est un mal de tête assez intense merci.
Venons-en au plus important : c’est bien beau un certificat, mais qu’en est-il du BACC en crimino? On peut déjà dire certaines choses :
- la visite de la crépuq, qui doit avaliser le programme, s’est suprêmement bien déroulée. Nos visiteurs repartirent en se disant impressionnés du travail accompli (surtout par mes deux collègues Renée Brassard et Johane Martel)
- Le programme s’est attiré certaines questions de clarification et de détail, mais aucun problème majeur n’a été relevé par nos évaluateurs
- L’organisation administrative s’est aussi récolté beaucoup de compliments
- Les représentants de la plus haute direction de l’Université sont venus nous épauler et ont fait un exposé extrêmement convaincant de leur intention de soutenir le projet
Cela dit, les murs de la crépuq restent blindés et nous n’auront pas de nouvelle officielle avant la mi-janvier. Dès que je saurai quelque chose il me fera bien sûr plaisir de vous l’annoncer. Malgré le niveau ultra-haut de contrôle que l’Université tente de maintenir sur ces développements. D’ailleurs si vous le remarquez le site www voué à la crimino à UL n’a pas changé d’un poil depuis des mois…
Allez hop, bonnes vacances tout le monde!
Filed under: arnaques, Cybercrime, cybersécurité, Médias, phishing, Risque | Tags: cybercrime, internet
Selon un rapport qui fera sans doute le tour des médias (en fait, peut-être que non, comme c’est le 10e anniversaire du 11 septembre…) le cybercrime ferait perdre quelques 388 milliards de dollars à l’économie mondiale.
Comme presque toujours, ces données sont basées sur du vent. La plupart des journalistes ne liront pas les données les plus importantes du rapport, qui sont à la toute fin, comme s’il s’agissait de détails sans importance.
Voyons voir.
Première donnée importante, la définition du cybercrime:
- Des virus informatiques ou logiciels malveillants sont apparus sur mon ordinateur
- J’ai répondu a un message de phishing en pensant que c’était une demande légitime
- Harcèlement en ligne
- Quelqu’un a piraté mon profil de réseau social et s’est fait passer pour moi
- J’ai été approché en ligne par des prédateurs sexuels
- J’ai répondu à des escroqueries en ligne
- J’ai été touché par une fraude à la carte de crédit
- On a usurpé mon identité
- J’ai répondu à un message de smishing
- J’ai été atteint par un autre type de cybercriminalité sur mon téléphone mobile
- J’ai été atteint par un autre type de cybercriminalité sur mon ordinateur
Il y a deux choses à noter: 1) bien que la plupart de ces actions soient effectivement nuisibles, une bonne portion tiennent de l’irritant davantage que du «crime»; 2) la plupart (1, 2, 3, 4, 5, 6, 8, 9, 10 et 11) n’impliquent aucune perte financière directe.
Deuxième donnée importante: la manière dont on a obtenu le chiffre de 388 milliards. Selon Norton:
[...] a coûté 114 milliards de dollars l’an dernier dans 24 pays: Victimes des 12 derniers mois (par pays) x coût financier moyen de la cybercriminalité
Ce qui met la puce à l’oreille, c’est que les génies de chez Norton essaient d’obtenir le total en passant par la moyenne. En général, et on apprend ça, je crois, à l’école primaire, on dispose du total, puis on calcule la moyenne. Bref, pour avoir la moyenne, il faut DÉJÀ disposer du total… pourquoi donc cette opération additionnelle?
Facile: en fait Norton gonfle les coûts en prenant la moyenne du coût des cybercrimes causant une perte et la multiplie non pas par le nombre de victimes ayant subi des pertes (ce qui serait l’opération parfaitement inutile de retour au total!) mais bien par le nombre total de toutes les victimes de cybercrime tel que défini ci-dessous, c’est-à-dire un nombre de victimes incalculable n’ayant subi aucune perte. C’est comme dire, Albert a 3 pommes, William a 5 pommes, donc une moyenne de 4 pommes (3+5=8, 8/2=4). Mais si j’ajoute Fred (il n’a peut-être pas de pommes, mais c’est pas de vos affaires!), ça fait un total de 4*3=12. En fait c’est pire, parce que Norton vous dit: j’ajoute 150 autres amateurs de fruits, ce qui fait 4*150=600 pommes!
Avec ça, on arrive à 114 milliards. Où est le 388 annoncé en grande pompe et en manchette? En disant «abracadabra!» bien sûr. Quand on commence avec de la magie, pourquoi s’arrêter?
Coût total de la cybercriminalité:
Coût financier total 114 milliards de dollars plus la valeur attribuée au temps perdu à tenter de résoudre la cybercriminalité 274 milliards de dollars = 388 milliards de dollars
C’est donc un chiffre additionnel de 274 milliards qui est tiré d’un chapeau. Combien vaut votre temps? Combien de temps avez vous passé? Êtes-vous rapide ou lent? Êtes-vous capable de patcher votre ordi ou non? Tout ça est entièrement approximatif.
Puisqu’il est question d’arnaques sur internet, je pense qu’on ne peut que conclure que ce rapport, et le produit qu’il tente de vendre, en font partie.
Filed under: Canada, Sécurité, terrorisme | Tags: 9/11, ÉUA, Canada, risk, terrorism, terrorisme
Avant tout : amateurs de théories du complot, voyez ici.
Quel bilan peut-on faire des 10 dernières années? En résumé, les gouvernements occidentaux se sont sentis pris en otages par un groupe minuscule de criminels et ont réagi dans la plus complète irrationalité.
- Les dépenses faites au nom de la protection contre le terrorisme ont explosé. Aucun politicien ayant une chance de s’approcher du pouvoir n’a demandé la moindre coupure. Pourtant, l’argent est rare dans nos gouvernements, qui ont coupé en santé, en éducation, en relations étrangères, dans les filets sociaux, etc. En mars 2008 un expert a estimé que le Canada avait déjà dépensé 24’000’000’000 de dollars dans sa guerre au terrorisme. Il ne fait aucun doute que le chiffre est plus près du 35 milliards aujourd’hui.
- Les morts causées par la guerre au terrorisme sont incalculables, surtout bien sûr dans les guerres lointaines en Afghanistan et en Iraq. Prenons un exemple récent, et remercions Wikileaks ( le jour où cette nouvelle est apparue, les médias étatsuniens ont couvert, en première page, un conflit d’horaire du président Obama): en 2006 des soldats US ont menotté et exécuté 5 enfants de moins de 5 ans. Incident isolé, direz-vous? Non. Toutes les guerres ont toujours été comme ça et le seront toujours. Les Canadiens ne font jamais ça? Googlez Somalie +Canada +scandale.
- Les efforts de prévention du terrorisme ont donné lieu à une expansion sans précédent des pouvoirs de l’État de surveiller ses citoyens. Aux États-Unis le FBI a ouvert 82’000 fichiers sur des individus et des groupes dans les 2 dernières années. Les polices du monde entier, avec Scotland Yard en tête, sont en «discussion» avec Twitter, Facebook et al pour obtenir des informations confidentiels sur leurs utilisateurs.
Heureusement, direz-vous, nous avons obtenu, pour ces coûts astronomiques, une sécurité grandement améliorée. Par exemple, en combattant les Talibans en Afghanistan à coup de vies humaines et de dollars, nous avons protégé le territoire canadien d’attaques terroristes. En installant des scanners corporels dans les aéroports, nous avons dissuadé les terroristes de faire exploser des avions.
Pas tout à fait. En fait, de ce côté du bilan, les choses sont extrêmement floues.
- Difficile de dire si le risque d’attaque terroriste a diminué …parce qu’il a toujours été microscopiquement proche de zéro. Même les Étatsuniens, considérés comme cibles de choix, sont parfaitement à l’abri. L’an dernier 8 ont été victimes d’attentats dans le monde. 29 sont morts après avoir été touchés par la foudre. 18’361 ont été assassinés (610 au Canada, 0 victime de terrorisme). Ces statistiques sont à peu près les mêmes à chaque année.
- Les scanners corporels ne fonctionnent pas.
- Sur 150 complots depuis 2001 aux ÉUA, TROIS seulement n’ont pas été initiés par le FBI.
- Si un «11 septembre» 2011 était en préparation, pourrions-nous le détecter? Le rapport de la commission sur le 9/11 avait constaté que plusieurs indices étaient déjà connus des autorités, mais que personne ne disposait de TOUS les indices à la fois, ce qui aurait pu permettre d’avoir une vue d’ensemble. Plusieurs stratégies ont été mises en place, au ÉUA comme au Canada, pour permettre cela: centres de «fusion» du renseignement, équipes intégrées, centralisation des pouvoirs (DHS aux ÉUA, Sécurité publique au Canada). Or, la culture organisationnelle des institutions concernées n’a nullement changé et le cloisonnement des informations est aussi solide qu’avant.
- La plupart des mesures terroristes sont conçues pour faire face à un terrorisme international organisé. Or, il s’agit de la MINORITÉ infinitésimale des actes terroristes commis chaque année. L’écrasante majorité de ces crimes, dans les pays occidentaux, proviennent de groupes spontanés, généralement organisés à la sauvette, et locaux.
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