Crime, régulation et surveillance


Grève, boycott, manifs, émeutes…
23 mai 2012, 12:14
Filed under: enseignement, police, Sécurité

Du grossier n’importe quoi, qui fuse de toutes parts. Ça augure mal pour une fin raisonnable. Quelques remarques sur la «situation»:

  • La première explique la présence de guillemets et du terme vague pour désigner ce qui se passe. Ce n’est pas une «grève», on l’a dit plusieurs fois, puisqu’une grève est une action régulée par le droit du travail. Or les étudiants ne sont pas des travailleurs. Ils travaillent fort, c’est sûr, mais …pour eux-mêmes. À bien y penser, il y a peut-être raison d’utiliser le mot «grève»: une grève vise à faire mal à l’employeur, et en fin de compte ce que font les étudiants qui sabotent leur propre session d’étude, c’est s’immoler sur la place publique.
  • Ce n’est pas un boycott non plus. Si je boycotte la marque Oasis pour la punir contre ses actions contre Olivia’s Oasis, je n’oblige personne à faire pareil; je ne me tiens pas devant le réfrigérateur de mon IGA pour empêcher les autres clients d’avoir accès à leur jus préféré. En fait cette analogie est boiteuse: pour bien imiter ce qui se passe, faudrait que je me poste devant le réfrigérateur du client qui a déjà acheté le jus, pour l’empêcher de le boire.
  • Bref c’est plus un sabotage qu’une grève.
  • Est-ce un sabotage démocratiquement instauré? Peu importe les votes à main levée, sans quorum raisonnable, ou les campagnes de propagande qui durent depuis septembre 2011. Peu importe, parce que les associations étudiantes n’ont pas le pouvoir d’imposer des consignes à leurs membres ni de «lever» des cours. Elles ont simplement réussi à intimider les administrations d’institutions d’enseignement en menaçant par le désordre, la casse et la violence (bon, il y a eu beaucoup d’administrateurs frileux, aussi).
  • Tout ça pour quoi? Une augmentation, substantielle bien sûr, des frais de scolarité. Au-delà des considérations financières immédiates des étudiants qui devront la payer, on nous présente un argumentaire incroyablement exagéré, et surtout difficile à démontrer, sur les conséquences néfastes sur l’accès aux études supérieures.
  • Mais l’accès c’est une chose. L’accès à quoi? Vise-t-on la quantité ou la qualité? Veut-on une université dollarama, où les cours à 1$ sont accessibles à tous, mais ne valent pas un clou? Il est IMPOSSIBLE que le service donné par l’université soit de même qualité, alors que tous les coûts reliés à sa production augmentent plus rapidement que l’inflation (masse salariale, syndicalisation des auxiliaires d’enseignement et de recherche, taxes foncières, nouvelles technologies offertes, entretien immobilier, etc.), et que ses bénéficiaires directs paient, en tenant compte de l’inflation, de moins en moins cher. L’élasticité de l’institution, entre ces deux points de fuite, est FINIE. J’ai enseigné 5 ans à UdeM et mes groupes ont doublé de grandeur. Moi ça ne me dérange pas, je m’ajuste. Mais je ne peux pas prétendre que l’expérience d’apprentissage, vue de l’autre côté de la salle, est équivalente (par contre les salles de classe et les bureaux sont toujours bourrés d’amiante, faute de fonds pour rénover).
  • De son côté, le gouvernement du Québec montre, depuis le budget de 2011, une incompétence incroyable. Comment a-t-on pu penser que de doubler les frais subitement passerait sans problème? À sa décharge, il n’est pas responsable de la décision stupide de geler les frais de scolarité, une politique bonbon reposant peut-être sur un idéal culturel et démocratique, mais certainement pas sur la moindre analyse financière.
  • Je n’ai pas d’objection fondamentale contre l’éducation à faible coût, voire gratuite pour les étudiants… Seulement faudrait avoir un plan sans faille, et réaliste, pour compenser cette gratuité. Où est-il? J’ai vu quelque part quelqu’un argumenter que comme les soins de santé sont gratuits et universels, on a un modèle, là, pour l’éducation supérieure. Bin oui. Beau modèle en effet. Ignorons un instant que la santé n’a rien à voir avec l’éducation. Vous vous mettrez sur une liste d’attente pour recevoir vos cours dans les couloirs de bâtiments vétustes 3 ans plus tard. Et en parallèle, ceux qui peuvent payer recevront immédiatement une éducation passable, sans plus, vendue à prix fort. Effectivement, voilà une idée de génie.
  • Assez tard dans le jeu le gouvernement a fait plusieurs concessions importantes aux étudiants: bonification du programme de bourses et de prêts, hausse substantielle du revenu maximum des parents pour l’éligibilité, remboursement selon le revenu futur… Tout ça, présenté de manière désorganisée, timide, méprisante pour les étudiants — sans doute pour éviter de donner des munitions à ceux qui trouvaient qu’il était temps de «mettre ses culottes»… Le rejet immédiat de l’accord fait avec les étudiants par les plus hautes sphères du gouvernement fut proprement ahurissant à ce chapitre. Voilà un gouvernement qui serait incapable de vendre une bouée à une personne qui se noie.
  • Ensuite, la fameuse loi spéciale (svp, pourrait-on la lire avant de grimper aux rideaux)….  D’après les commentaires c’est la section III qui dérape. Le reste vise à dégager les portes des CÉGEP et universités pour que les étudiants qui le désirent puissent assister à leurs cours. Le ba-be-bi-bo-bu de la démocratie dont se réclame tout le monde. La section III, pour sa part, encadre le droit de manifester pacifiquement, et surtout oblige à communiquer à la police l’itinéraire de toute manifestation de plus de 10 personnes (avec une clause crépusculaire pour 2013). Elle donne aussi à la police l’autorité d’imposer un itinéraire alternatif pour des raisons de sécurité. C’est bien sûr politiquement inacceptable, complètement ridicule, et peu pratique pour la police: s’il y a de la casse sur un itinéraire imposé par la police, quelqu’un va avoir l’air bien fou.  C’est une réaction réflexe, peu réfléchie, d’une administration qui se croit en état de siège.
  • OR, IL N’Y A PAS DE SIÈGE. Un peu de recul s’impose. Oui il y a eu de la casse, oui il y a eu des policiers agressés, etc. Ce sont des actes graves. Mais ce sont aussi des actes qui, par définition, échapperont à l’encadrement de manifestations pacifiques (note: ils sont déjà criminels). Mais surtout, ce ne sont pas, individuellement ou en tout, des actes qui menacent sérieusement la sécurité du public.

Il est temps de faire baisser la rhétorique, de part et d’autre, de quelques crans. La démocratie n’est pas bafouée; l’accès aux études n’est pas en danger; il n’y a pas eu de terrorisme ou de volonté de faire croire à du terrorisme. On respire par le nez svp.



Nouvelle arnaque
4 avril 2012, 10:18
Filed under: arnaques, Cybercrime, cybersécurité, phishing | Tags:

Bon, j’en ai plus de 600 dans ma collection, mais celle-là je ne l’avais pas encore vue.

Elle se présente comme un sondage de satisfaction des clients de Wal-Mart:

You have been selected to access the Walmart 2 Step Survey and win a $150.00 gift certificate.

Please click here and complete the form to receive your reward. Thank you.

This is an automated message. Please do not reply.
Message Id: 0019268154-wmrtsrv.

En provenance de <walmart@isurveys.com>

Le lien mène à cette page:

Bon, de nos jours l’utilisateur moyen remarquera que l’URL de la page est http://www.michaelandchristy.com/walmart.html, ce qui ne correspond pas vraiment à ce qu’on s’attend d’une multinationale. Peu importe ce que vous mettez dans cette page, le bouton «proceed» mène à cette autre page, où le pot aux roses est juste trop évident:

Ce qui est plate c’est qu’on ne sait jamais, au final, combien de cloches se feront sonner.



Criminologie UL: bilan et directions
19 mars 2012, 14:23
Filed under: criminologie, enseignement, Université Laval | Tags:

Bien que notre première année soit toujours en cours je crois que certaines conclusions et certaines interrogations peuvent déjà être offertes.

  1. Grève étudiante: elle tombe mal pour nous. Disons que notre travail d’administration est loin d’être facilité par le piétinement des lignes de «piquetage». De plus, l’incertitude et le stress bien compréhensibles que vivent les étudiants en CRI-UL n’en sont qu’augmentés.
  2. Le nombre d’inscrits: nous croulons sous le poids. Nous savions que le programme allait être populaire, mais pas à ce point là. Comme nous avions décidé d’offrir un certificat à cause des délais imposés par le processus bureaucratique d’acceptation du programme de bacc, nous nous sommes retrouvés avec un type de programme qui n’est pas «contingentable» et nous avons dû accepter toutes les demandes. Disons que près de 400 inscrits, pour un programme qui débute, c’est beaucoup. Les mauvaises langues diront que nous croulons donc aussi sous le cash…. mais je vous assure que ce n’a jamais été le but.
  3. Disons que de trouver des professeurs et des chargés de cours, au moment où notre bacc était en suspens administratif, n’a pas été de tout repos non plus. Contrairement aux étudiants, les candidatures de prof ne se bousculaient pas au portillon. Nous avons du sauter notre tour avec notre 1ere offre d’emploi. Avec l’acceptation de la CRÉPUQ, par contre, nous avons ce printemps 20 candidatures pour les 4 prochaines positions (en poste en juillet 2012), et 20 candidatures de TRÈS HAUT NIVEAU. Nous cherchions des personnes performantes dans les 2 domaines requis de la recherche et de l’enseignement. Nous en avons.
  4. Dans tout ça, les étudiants de l’an 1 sont donc un peu laissés pour compte et je ne peux que m’en excuser. Non pas que leur formation soit incomplète (cela dit, attendons de voir combien de temps durera la grève…), mais disons que leur année d’étude au certificat (et «bacc 1» pour 80 chanceux) aurait pu être moins cahoteuse. Si vous avez des plaintes, il faut les faire à la direction du programme, anonymement ou non.
  5. Le déluge se poursuit: nous avons à date 644 demandes d’admission au bacc CRI (en 1ere année) et 357 demandes d’admission au certificat CRI. Une erreur s’est toutefois glissée dans le site www de la faculté (que je ne contrôle plus, btw), laissant croire que le certificat continuait, après cette 1ère année exceptionnelle, d’être une passerelle vers le bacc. CE N’EST PLUS LE CAS. Je crois que la faculté devrait communiquer avec les 357 inscrits au certificat pour leur souligner ce fait correctement afin qu’ils fassent un choix éclairé. Le certificat, à partir de l’an prochain, est totalement différent et ne comprend plus les cours nécessaires pour équivaloir à une 1ere année de bacc.
  6. Enfin, nous sommes aux premiers ba-be-bi-bo-bu de la création d’une maîtrise en criminologie (qui voudra former aussi bien des intervenants de haut niveau que des experts de la recherche criminologique). C’est à suivre.


Loi C-30 sur l’accès

Elle a changé de nom…. c’est maintenant la «Loi sur la protection des enfants contre les cyberprédateurs».

La loi semble un peut moins intrusive qu’elle l’était dans sa première mouture. Sauf qu’il reste quelques détails à  noter:

Premièrement, qu’est-ce qu’un «télécommunicateur»:

« télécommunicateur » Personne qui fournit des services de télécommunication, seule ou au titre de son appartenance à un groupe ou à une association

C’est important, parce que ce sont les télécommunicateurs qui sont l’interface entre le citoyen usager et les «personnes autorisées» à collecter des informations. Comment le télécommunicateur fonctionne-t-il? Facile. Il utilise des  «appareils de transmission»: tout appareil qui collecte, archive des informations, les traite, les partage …bref, tout ordinateur connecté à internet. Autrement dit, je ne suis pas certain que la loi permet de faire une grande différence entre l’usager et le fournisseur de services. Si vous avez un serveur à la maison, c’est encore pire. Pourquoi s’en faire?

Eh bien,  voyons voir. Premièrement, les fameuses «personnes autorisées», c’est qui?

Le ministre peut désigner toute personne — à titre individuel ou au titre de son appartenance à une catégorie déterminée — comme inspecteur pour l’exécution et le contrôle d’application de la présente loi (S33).

Bref, c’est n’importe qui. Et ce n’est même pas au cas par cas: des groupes entiers de personnes peuvent être nommés inspecteurs.

Elles peuvent faire quoi, ces personnes (S34)?

  • entrer dans tout lieu appartenant à un télécommunicateur — ou placé sous sa responsabilité
  • examiner les documents, les renseignements ou les objets se trouvant dans le lieu et ouvrir, directement ou indirectement, tout contenant ou autre objet;
  •  faire usage, directement ou indirectement, de tout système informatique
  • reproduire ou faire reproduire toute information
  • faire usage, directement ou indirectement, du matériel de reproduction et des moyens de télécommunication

J’adore le «ou autre objet», pas vous? C’est le petit extra qui manquait. Juste au cas où un objet ne serait pas tout à fait un objet, ou un contenant pas tout à fait un contenant.



Criminologie à l’Université Laval: c’est parti!
17 janvier 2012, 18:37
Filed under: criminologie, enseignement, Université Laval | Tags:

Au grand soulagement de beaucoup de monde, et moi le premier, la CRÉPUQ a enfin accepté le programme soumis par l’Université Laval pour un bacc en criminologie. Félicitations à tous ceux qui ont participé à ce succès.

Reste l’étape du financement par le ministère, qui en général est une formalité.

Donc, grand départ en septembre 2012 — SI TOUT CONTINUE DE BIEN ALLER bien sûr. Ne venez pas vous plaindre si cette annonce hâtive est déjouée par des événements ou par des embûches imprévues!

À suivre…



Affaire Mahjoub : une décision imminente…

Mohammed Zeki Mahjoub, détenu au Canada sous «certificat de sécurité» depuis juin 2000, vient tout juste de terminer sa dernière représentation devant la Cour fédérale à Toronto pour faire invalider le certificat ou du moins relaxer les conditions de sa mise en liberté (surveillance 24/7, accompagnement par des agents de l’ASFC, fouille de ses colis, écoute de son téléphone, interdiction d’avoir un ordinateur connecté à Internet…).

Le gouvernement, via le SCRS, a présenté un dossier tellement faible contre lui qu’on a peine à imaginer comment le juge pourrait décider de maintenir le statu quo. Cela dit, depuis 2000 ce même dossier moribond contre Mahjoub a TOUJOURS bien fonctionné pour les autorités… Le problème est que la loi sur les certificats de sécurité donne un pouvoir presque sans limite aux autorités et leur impose des standards de démonstration tellement faibles que la simple croyance qu’un employé du SCRS peut entretenir à l’endroit de M. Mahjoub semble suffire à lui imposer l’équivalent d’une «sentence» plus sévère que celles qui sont appliquées à nos pires criminels.

Grosso modo, le dossier déposé par le SCRS, intitulé «évaluation de la menace», est un tissu de suppositions, d’informations vagues, d’erreurs grossières, de stéréotypes, d’une connaissance approximative de la problématique du terrorisme et d’informations provenues du fin fond des pires taules d’Égypte où la torture est monnaie courante.

Cela dit, même si on prend au pied de la lettre toute ces informations,  ça fait au grand total à peu près rien : Mahjoub serait allé se battre contre les soviétiques en Afghanistan en 1985; ensuite il aurait aidé d’autres moudjahidines comme lui à devenir membres d’al Jihad (groupe terroriste dirigé par Ayman al Zawahiri à l’époque); il aurait travaillé sur une ferme de ben Laden au Soudan au début des années 1990; il serait resté en contact avec d’autres comme lui qui sont suspectés d’être des terroristes, au début des années 1990.

Le certificat de sécurité est sensé être une protection contre les MENACES futures d’un individu. Pour juger de ces menaces, un criminologue moyen aurait besoin d’informations infiniment plus précises sur ce cas avant de se prononcer. Pour l’instant, tout ça reste vague et surtout, lointain. Le croirez-vous si je vous dis que les agents du SCRS n’ont pas jugé bon DE RENCONTRER LE SUJET avant de rédiger leurs rapports? La dernière fois qu’ils lui ont parlé était en 1999 — au siècle dernier. Leur excuse: c’est sûr que s’il est un terroriste il ne manquera pas de nous mentir à ce sujet. Bref, faudrait peut-être réviser nos programmes de criminologie: si les criminels mentent et manipulent, à quoi bon leur parler?

Mais si on ajoute que Mahjoub n’est jamais allé en Afghanistan, n’a jamais travaillé sur une ferme au Soudan, a contacté d’autres personnes suspectes comme lui …mais qui ont été relâchées depuis… Inutile d’ajouter de commentaire.

Ceci va coûter très cher au Canada. C’est malheureux pour l’argent de mes taxes, qui pourrait être mieux utilisé ailleurs que dans cette débâcle paranoïaque (ce sont des MILLIONS qui sont déjà brûlés dans ces causes de certificats de sécurité). Mais si M. Mahjoub intente une poursuite contre Sécurité publique Canada et Immigration et Citoyenneté Canada, ainsi que contre leurs ministres, je serai le premier à offrir de témoigner pour lui.




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